_DSC3921 Orgue Jacob Engelbert Teschemacher (Elberfeld, c.1770) | © Magali Koenig

26.11.2023, 16h

6 suites · 3 orgues · 3 concerts

Concert 2 : J. S. Bach, Suites anglaises III-IV, BWV 808-809

Patrick Missirlian, orgue Jacob Engelbert Teschemacher (Elberfeld, c.1770)

Places limitées, réservations: contact@espacedam.ch
Collecte, prix indicatif: 40 frs

 

Programme 

Suite III en sol mineur BWV 808:
Prélude – Allemande – Courante – Sarabande avec les agréments – Gavotte

Suite IV en fa majeur BWV 809:
Prélude – Allemande – Courante – Sarabande – Menuets I et II – Gigue

 

Disposition de l’orgue Jacob Engelbert Teschemacher (Elberfeld, c.1770)

Hohlpfeife 8’
Flöte travers 4’
Nachthorn 4’
Octav 2’
Violin 8’ D
Unda Maris 8’ D
Vox Humana 8’ B/D

Tremulant

 

Présentation

Les 6 suites anglaises BWV 806-811 de Johann Sebastian Bach (1685-1750) seront présentées au public en trois volets et sur trois des cinq orgues du 18e siècle de l’espace dAM à Romainmôtier. Chacun de ces trois concerts sera l’occasion d’entendre un orgue en particulier. Outre le caractère soutenu des sons, la diversité des couleurs de l’orgue révèle sous un jour nouveau cette musique, en particulier la variété des styles d’écriture, réunis ici par le compositeur dans l’idée de pastorale, genre central de l’esthétique galante.

 

Contrairement aux suites dites françaises BWV 812-817, aucun manuscrit autographe ne nous est parvenu pour les suites dites anglaises BWV 806-811. Leur appellation même, ainsi que leur chronologie, sont matière à controverse. On les a supposées «faites pour les Anglois», selon une copie personnelle du plus jeune fils de Bach, Johann Christian Bach (1735-1782), autrement dit le Bach de Londres, ou même composées pour un mystérieux aristocrate anglais (für einen vornehmen Engländer), comme l’affirme Johann Nicolaus Forkel (1749-1818), premier biographe de Bach. Mais surtout, on les a indéfectiblement liées à un compositeur français établi à Londres, Charles Dieupart (1667-1740), auteur de six suites pour le clavecin, publiées à Amsterdam en 1701 et recopiées par Bach entre 1709 et 1714, au point peut-être d’éclipser un peu trop les autres sources d’inspiration parmi les clavecinistes français.

 

Il est vrai que les suites anglaises ont une structure comparable aux suites de Dieupart. Elles commencent par un large prélude, suivi d’une suite au nombre fixe de danses, à savoir l’allemande, la courante, la sarabande et avant la gigue finale, la gavotte, la bourrée ou le passepied, toutes trois liées au style galant. Il est vrai aussi que le prélude de la suite I en la majeur BWV 806 cite cum litera les onze premières mesures de la gigue de la suite également en la majeur de Dieupart – cela a été dit et redit.

 

Mais à la différence des ouvertures à la française qui tiennent lieu de préludes dans les suites de Dieupart, les préludes des suites anglaises, exception faite de la première, sont quant à eux de larges mouvements de concerto dans le style italien et de forme da capo. Ils sont inspirés de ceux de Benedetto Marcello (1686-1739), Tommaso Albinoni (1671-1751) et surtout Antonio Vivaldi (1678-1741), dont les concerti de l’opus 3 L’Estro armonico ont eu sur Bach l’impact que l’on sait. En cela, les suites anglaises s’inscrivent dans une tradition germanique qui remonte à Johann Adam Reinken (1623-1722), dont le Hortus musicus (Hambourg, 1688), recueil de musique de chambre consistant en six sonates en trio d’inspiration italienne avec leur suite de danses, était, rappelons-le, bien connu de Bach et même arrangé par lui pour le clavier (BWV 965 et 966).

 

Pour les danses des suites anglaises, outre Dieupart, les modèles français sont Nicolas Antoine Lebègue (1631-1702), dont les suites du livre de 1677 avaient été intégralement recopiées dans le manuscrit Möller, à l’exclusion toutefois des préludes non-mesurés, Jean Henry Danglebert (1635-1691), dont Bach adopte les agréments de la table extraite du livre de pièces de clavecin (Paris, 1689), et bien sûr, plus près de Bach, François Couperin (1668-1733). Les agréments des sarabandes des suites BVW 807 et 808, évoquent clairement le Premier livre des Pièces de Clavecin de ce dernier (Paris, 1713). Avec leur grand prélude de style concertant, les suites anglaises constituent donc une synthèse des goûts français et italiens réunis, qui rappelle ici encore François Couperin.

 

Reste l’épineuse question de la chronologie des suites anglaises. En effet, seule la suite I en la majeur BWV 806 nous est parvenue dans une première version, en l’occurrence une copie de la main de Johann Gottfried Walther (1684-1748), organiste et musicographe, auteur du Musicalisches Lexicon (Leipzig, 1732) et parent de Bach. Intitulée «Prélude avec les Suites Composée par Giov: Bast: Bach», la suite BWV 806a ne comporte aucun des deux doubles de la seconde courante, ni la seconde bourrée de la suite BWV 806. La copie a été faite entre 1714 et 1717, ce qui laisse supposer que la genèse des suites anglaises pourrait être antérieure à celle des suites françaises.

 

Quoi qu’il en soit, la copie de Walther, exécutée du vivant de Bach, devrait nous inciter à rebaptiser les suites anglaises tout simplement Préludes avec les suites. (PM)

 

Concert 1 : orgue Joseph Anton Moser (Fribourg, c.1767), Suites anglaises I-II

Concert 3 : orgue Johannes Mitterreither (Hollande, c. 1760), Suites anglaises V-VI