dam_repros_cyan_dg 36811_2 David Gagnebin-de Bons, «Sans titre», 2013-2014, cyanotype, 160 x 200 cm
dam_repros_cyan_dg 36822_2 David Gagnebin-de Bons, «Sans titre», 2013-2014, cyanotype, 160 x 200 cm

22.6.2014, 17h

ensemBle baBel, « La Ville Qui »

Une composition musicale d’Anne Gillot et de Laurent Estoppey

Avec une présentation de cyanotypes de David Gagnebin––––––––––—‑de Bons

  • Antonio Albanese, guitare
  • Laurent Estoppey, saxophone
  • Anne Gillot, clarinette basse et flûtes à bec
  • Luc Müller, percussion
  • Noëlle Reymond, contrebasse

 

Créé en 2006 à Lausanne, l’ensemBle baBel présente une nouvelle manière de s’approprier les musiques ancienne, classique ou contemporaine au travers de démarches originales et par le biais de l’improvisation. baBel conçoit des projets explorant l’art de l’arrangement et du remix, mais il vise également à élargir le répertoire dans une approche intégrant les nouvelles technologies tout en se confrontant à d’autres cultures musicales. Une des principales préoccupations de l’ensemble est de se produire dans des contextes singuliers – acoustiques, architecturaux, urbains – notamment dans des espaces d’art et des musées, et en collaboration avec des scientifiques ou des artistes.

 

La Ville Qui est une performance musicale dont le matériau de départ est une série de prises de sons réalisées en août 2012 par Anne Gillot et Laurent Estoppey dans les rues de Chicago. Le spectacle sonore fait écho – et rend hommage – à un projet abandonné de John Cage en 1942: City Wears a Slouch Hat, qu’il s’approprie et réactualise en un autre lieu et un autre temps, avec des acteurs différents.

 

En 1942, John Cage reçut une commande d’une pièce radiophonique pour laquelle il invita le poète américain Kenneth Patchen à écrire le livret. Son idée était de mettre le texte en sons, en utilisant des enregistrements réalisés dans la ville de Chicago. Il en avait prévu une partition de 250 pages, malheureusement aujourd’hui disparue. Les techniciens de la radio CBS déclarèrent le projet irréalisable. John Cage écrivit alors en quelques jours une pièce de remplacement pour percussions.

 

Suivant librement le livret de Kenneth Patchen, Anne Gillot et Laurent Estoppey ont eux-mêmes sillonné Chicago en 2012 – 70 ans après John Cage – , y ont rencontré divers personnages, enregistré des sons, des voix, des mélodies pour créer une œuvre hypnotique et foisonnante où les instruments se mêlent à la rumeur de la métropole. Ils se sont en quelque sorte inspirés d’une œuvre perdue de Cage, jamais exécutée. Ils lui ont donné une autre vie, une vie autre, ailleurs dans l’espace et dans le temps, tel un rejet musical.

 

Présenter une telle œuvre de musique contemporaine à Romainmôtier, site médiéval réputé pour son activité de concerts de musique classique ou populaire, c’est prendre position pour un élargissement du champ de l’expérience musicale qui met en lien, le temps d’une performance, l’horizon musical d’un village historique de 500 âmes lové dans son paysage naturel et campagnard, avec l’univers sonore d’une mégapole moderne de 10 millions d’habitants.

 

Offrant une résonance visuelle à la performance, deux cyanotypes monumentaux de David Gagnebin-de Bons proposent dans l’espace du concert des paysages abstraits empreints d’une profonde mélancolie, renvoyant à une double tradition: celle du romantisme de Caspar David Friedrich dans ses paysages maritimes et, plus près des métropoles américaines dans le temps et dans l’espace, à la «color field painting» d’un Mark Rothko, dans sa chapelle à Houston par exemple. Laurent Estoppey lui-même y établit un lien avec La Ville Qui: «En fait, ces cyanotypes correspondent à une espèce d’idéal recherché par le personnage principal – «the voice» – du texte de Kenneth Patchen que John Cage voulait utiliser pour son travail, et que nous avons poursuivi lors de nos enregistrements à Chicago. La fin du texte oscille entre l’évocation du foisonnement de la ville et celle de deux hommes assis face à la mer. Les cyanotypes peuvent être vus comme le ciel ou comme l’eau, ou comme des textures de buildings ou encore les réflexions sur les vitrines d’immeubles hi-tech. Ou plus métaphoriquement comme ce que recherche «the voice». (AdA)