earl17 Mervyn Earl, «Sans titre», pièce pneumatique détachée de l’installation «La conséquence des erreurs», 2019, fer et caoutchouc
IMG_2083 Mervyn Earl, «Sans titre», pièce centrale de l’installation «La conséquence des erreurs», 2019, bois et fer (en cours de montage)
earl22 Mervyn Earl, «Sans titre» (série des ruminations), vers 2015, fer
earl23 Mervyn Earl, «Sans titre», 2017, céramique

28.4.-7.7.2019, sa | di 14h-18h, fermé pendant les concerts

Mervyn Earl – La conséquence des erreurs

Vernissage 28.4.2019, 14h-18h

Mervyn Earl est un sculpteur né en 1967 à Norwich en Angleterre. Il s’est d’abord formé comme ébéniste, puis a suivi des études d’art à la Norwich School of Art and Design. Il réside à Bex en Suisse depuis 1999. Parallèlement à son travail d’artiste très discret et ayant à peine exposé, il est assistant technique en art dans une école privée à Chesières.

 

Mervyn Earl a conçu pour dAM une installation monumentale constituée d’une sculpture centrale construite en pièces de bois récupérées et assemblées. Elle se présente notamment comme une grande prothèse optique orientée vers la porte d’entrée de l’espace d’exposition. Elle est liée à une série de petites sculptures électro-mécanico-pneumatiques en fer, rappelant des systèmes de trappes ou de serrures anciennes, intégrant chacune un ballon baudruche coloré se gonflant et se dégonflant. Ce dispositif en réseau interconnecté permet de varier l’orientation de quelques points de lumière directionnelle accrochés au plafond qui éclairent la pièce centrale et son intérieur par des puits d’une lumière mouvante. L’ensemble évoque une machine organique-mécanique animée, issue des traditions de la sculpture surréaliste et cinétique et se situant dans le sillage d’un Tinguely.

 

Mais au-delà du pédigrée artistique et de l’attrait toujours fascinant et ludique qu’offre un dispositif mécanique sans fonction utile, La conséquence des erreurs agit métaphoriquement comme un casse-tête mental, résultat d’une séquence constructive de mises au point un peu hasardeuses et faites en partie par tâtonnements, où l’aléatoire résiste à l’intentionnel en favorisant le surgissement de l’imprévu, comme dans tout processus de pensée divergente. Le titre, qui fonctionne de manière inattendue comme une réponse au Cours des choses de Peter Fischli et David Weiss (1999), n’élude pas la question de la responsabilité de l’auteur dans les processus et résultat artistiques, ce qui témoigne d’un esprit alerte, critique, lucide, inquiet.

 

La pièce centrale qui nous invite par son ergonomie à observer de plus près, au-dedans, par dedans, au travers, à rebours, vers l’en-dehors et finalement au-delà, évoque, en les questionnant à sa manière, les dispositifs optiques comme les lunettes, les longues-vues, les télescopes et leurs avatars technologiques contemporains comme les visionneuses de réalité augmentée. Il s’agit évidemment d’un dispositif de réflexion qui vise une prise de conscience par le regard et qui nous adresse un troublant, oui peut-être un affolant, «qui suis-je ?», comme s’il s’agissait d’une exploration un peu inquiète des alcôves hantées de notre propre cerveau. D’aucuns sauront repérer à l’intérieur de la pièce, en miniature céramique, le visage d’un alter ego. Bref, un dispositif de poésie augmentée, une installation qui respire.

 

D’ailleurs, le travail de céramiste, de sculpteur sur fer et d’aquarelliste de Mervyn Earl révèle à sa manière aussi cette double préoccupation de sa pensée artistique : celle qui questionne le visage de l’autre comme l’apparence extérieure de paysages mentaux qu’il appelle «mindscapes». [AdA]

 

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