ConradWillems_ConstructionV_5 Conrad Willems, «Construction V» (détail), 2018, 812 plots de granit du Brésil, 122 x 55,2 x 73,6 cm | © photo Cedric Verhelst

Dates à définir

Conrad Willems – In Various Parts

Sculptures et dessins sur photographie

Conrad Willems (*1983, Ostende), résidant et travaillant à Gand, présente à Romainmôtier deux sculptures construites à l’aide de petits blocs de pierre évoquant des monuments architecturaux d’un autre temps. Il montre également une série de dessins à l’encre de Chine sur tirages photographiques noir et blanc de format A3, représentant des constructions faites à partir de plots de bois issus d’un jeu d’enfant.

 

Architecture, sculpture, photographie, dessin sont conjugués dans une œuvre qui trouve son impulsion dans le principe originel d’expérimentation avec des éléments de construction et des techniques de représentation. «Originel», que ce soit dans le lien à l’enfance et à la nature joueuse de celle-ci ; «originel» également dans le souvenir de l’évolution de l’espèce humaine vers la civilisation.

 

Ni maquettes, ni modèles, mais bien œuvres à parts entières, les deux «monuments miniatures» – qui font immanquablement écho au patrimoine architectural médiéval de Romainmôtier – sont construits à partir d’un jeu de modules en pierre inspirés de quelques volumes géométriques simples, coupés et sablés en usine d’après les dessins et les instructions de l’artiste.

 

A chaque nouvelle présentation, Conrad Willems, tel un appareilleur, les remonte sur place d’après un relevé dessiné d’une construction d’origine résultat d’une première expérimentation. Les plots sont simplement empilés, non fixés les uns aux autres. Ils ne retrouvent pas forcément la même place à chaque nouvelle reconstruction, de sorte que le dessin produit par le jeu des marbrures de la pierre varie d’un appareillage – opus en latin — à l’autre, dans un jeu subtil entre permanence de la forme globale de l’édifice et variation de son apparence extérieure. L’esprit est traversé par l’idée vertigineuse d’une combinatoire infinie. Et médusé par le paradoxe d’une architecture nomade.

 

Quant aux dessins à l’encre de Chine sur tirages photographiques, ils convoquent et interrogent l’un des fondements de de la pensée occidentale moderne, la représentation à partir du système de la perspective linéaire, élaboré à la Renaissance en s’inspirant de modèles géométriques et mathématiques remontant à l’Antiquité. Ils nous rappellent l’invention et l’emploi de la camera obscura – machine à voir, concevoir et dessiner le monde en perspective linéaire – dont parlait déjà Aristote, mais redécouverte, mise au point et théorisée entre autres par deux architectes, Leon Battista Alberti et Filippo Brunelleschi, à la Renaissance, pour planifier leurs édifices.

 

Conrad Willems utilise un appareil photographique Nikkormat qui remonte à son enfance pour représenter en gros plan et en noir et blanc ses constructions de plots de bois, présentées dans des tirages sur papier japon sur lesquels il intervient à main levée avec des motifs géométriques simples inspirés le plus souvent d’octogones ouverts sur un côté. Ils évoquent les premiers traits d’une épure dont la photographie fixerait l’accomplissement.

 

Dans cette dialectique entre techniques – dessin, sculpture, photographie, architecture –, dans cette tension entre surface et volume, Conrad Willem aborde le problème de la quadrature du cercle comme une interrogation sur la nature mystérieuse de la relation entre la matière et l’esprit. [AdA]

 

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