0000133999_OG Gerrit van Honthorst, «Le concert», 1624, huile sur toile, 168 x 178 cm, Musée du Louvre, Paris
DavidAmaral_dAM_Orgue004 Orgue (realejo) Pascoal Caetano Oldovino, 1764 (Évora) | photo © David Amaral
isf-castros-20160311-183609 Église du couvent des Franciscains à Évora | photo © Manuel Ribeiro
orgue L’orgue de chœur de l’église des Franciscains à Évora, construit par Oldovino en 1742

23.3.2024, 16h

1624: un tournant dans l’histoire de la musique

Œuvres de J. Titelouze, S. Scheidt, G. Frescobaldi, F. Correa de Arauxo

Patrick Missirlian, orgue (realejo) Pascoal Caetano Oldovino (Évora, 1764)

Places limitées, réservations: contact(at)espacedam.ch
Collecte, prix indicatif: 40 frs

Programme
(Introduction au programme en début de concert)

Jehan Titelouze (c.1563-1633)

  • Ave Maris Stella (4 versets) (Hymnes de l’église, Paris, 1623)

Samuel Scheidt (1587-1654)

  • Allemande Bruynsmedelijn SSWV 558 (10 variations)
  • Fantasia super Ich rufe zu dir Herr Jesu Christ SSWV 114 (Tabulatura nova, Hambourg, 1624)
  • Cantio Sacra Warum betrübst du dich mein Hertz (12 versets) SSWV 106 (Tabulatura nova, Hambourg, 1624)

Girolamo Frescobaldi (1583-1643)

  • Capriccio IX di durezze (il primo libro di Capricci, Rome, 1624)
  • Capriccio X sopra un soggetto (il primo libro di Capricci, Rome, 1624)

Francisco Correa de Arauxo (1584-1654)

  • Discurso [n° 59] de medio registro de tiple de segundo por desol de treinta y dos (Libro de tientos, Alcalá, 1626)

 

Patrick Missirlian, orgue (realejo) Pascoal Caetano Oldovino (Évora, 1764)

 

Présentation et histoire de l’orgue

Pascoal Caetano Oldovino (*vers 1710/20 – †25.4.1785) est un facteur d’orgues important originaire de Gênes, actif dès 1742 à Évora, au Portugal. Une quarantaine d’instruments d’église sont parvenus jusqu’à nous, principalement des positifs, mais également de grandes orgues comme celui de la cathédrale d’Évora (1758) ou celui de l’ancienne cathédrale d’Elvas (1762). Au même titre que Domenico Scarlatti (*1685–†1757) ou Farinelli (*1705–†1782), il fait partie de cette vague d’artistes et d’artisans italiens attirés au Portugal dans la première moitié du 18e siècle en raison du goût italianisant de la Cour et de l’Église, alors engagées dans de vastes programmes d’embellissement architectural et artistique du pays, financés notamment grâce à l’afflux d’or et de pierres précieuses du Brésil.

 

La date de naissance de Pasquale Gaetano Oldovino, fils de Giuseppe et d’Anna Maria, reste encore inconnue. Systématiquement désigné comme Dom Pascoal Caetano, le facteur est probablement d’ascendance noble. D’après son testament, il se serait formé auprès d’un beau-frère, peut-être chez un membre de la dynastie des Roccatagliata à Santa Margherita Ligure, en raison de certaines similitudes de facture de leurs instruments.

 

Le 5 octobre 1741, Pascoal Caetano Oldovino signe à Lisbonne un reçu pour la réparation de l’orgue construit en 1725 par le facteur romain Filippo Testa (*19.2.1665 Rome – 24.4.1726 Rome) pour Nossa Senhora do Loreto da Nação Italiana, l’église de la nombreuse communauté italienne de la ville. Puis, le 4 janvier 1742, le grand érudit et amateur d’art José Maria da Fonseca e Évora, évêque de Porto, ex-ambassadeur du Portugal auprès du Saint-Siège et ex-ministre général de l’Ordre des Frères mineurs de saint François, mandate Oldovino pour la construction du grand orgue de chœur de l’église des Franciscains à Évora, sa cité d’origine. Installé désormais dans cette ville, le facteur épouse le 28 septembre 1762 Lauriana Rosa Lizarda de Carvalho (*21.7.1735 Palmela – †14.11.1779 Évora). Ils n’auront pas d’enfants. En revanche, une nièce, Anna Maria, fille de Giovanni Francesco Oldovino et de Maria Joanna, baptisée en la paroisse de sainte Marie Madeleine à Gênes le 12 octobre 1735, accompagne ou rejoint son oncle au Portugal. Elle est admise au couvent des Clarisses à Évora le 8 juillet 1760 comme Sœur Anna Maria de Jesus, après sa période de noviciat et moyennant présentation d’un certificat de baptême, établi à Gênes le 22 avril 1752. Membre des Tiers-Ordres carmélite et franciscain ainsi que de la Confrérie de saint Antoine, Oldovino trouvera sépulture dans la chapelle de cette dernière en l’église des Franciscains. À sa mort, il léguera à la Confrérie son orgue personnel daté de 1762.

 

En 1764, Oldovino réalise l’orgue positif (realejo ou orgão de armário) dont nous fêtons aujourd’hui le 260e anniversaire. Pratique avérée à l’époque, certaines parties de l’instrument proviennent d’un orgue antérieur, en l’occurrence d’un orgue de procession du 17e siècle, dont Oldovino a réemployé la caisse décorée, une partie de la tuyauterie en métal, ainsi que le clavier, qu’il a augmenté de trois notes dans l’aigu, pour atteindre quatre octaves.

 

L’orgue est signé dans la laie «D[om] Pascalis Caetanus Natione Italus feci 1764». D’après un livre de comptes conventuel conservé à la Bibliothèque publique d’Évora, il pourrait s’agir de l’un des orgues de l’église des Franciscains. En effet, en avril 1764, le chapitre commande au facteur «un orgue pour le coro alto de l’église en cédant pour escompte le métal de l’ancien, avec réemploi de la caisse, pour 67800 réaux». Cette somme correspond aux prix demandés par le facteur pour ses plus petits orgues, tel le nôtre.

 

Trouvé dans le couvent franciscain de Santo António près d’Estremoz, acquis et sauvé de la ruine en 1976 par l’organiste et musicologue Gerhard Doderer, l’orgue a été restauré par Gerhard Grenzing à Barcelone en 1979. Libéré d’une couche de peinture brune uniforme qui le recouvrait, il a retrouvé son décor d’origine, soit une polychromie imitant le marbre. Les motifs en forme de crabe de la partie supérieure de la caisse sont d’origine persane et témoignent des échanges coloniaux du Portugal avec l’Orient. Les motifs italianisants de la partie inférieure sont ultérieurs, probablement du 18e siècle, et imitent la technique de la pietra dura. L’instrument a conservé les hanses de transport qui permettaient de le déplacer aisément dans l’église ou même à l’extérieur, au gré des célébrations. Gerhard Doderer a publié en 1987 une étude organologique détaillée de l’instrument: «Eine portugiesische Kleinorgel des 17. Jahrhunderts», in Studia organologica. Festschrift für John Henry van der Meer […], Tutzing: Hans Schneider, 1987, p 45-56.

 

De dimensions réduites (198 x 102 x 70 cm), l’instrument n’a pas à proprement parler de façade. Toute la tuyauterie est visible une fois les volets ouverts, révélant le plan général du sommier à travers la disposition symétrique des tuyaux, des plus petits au centre jusqu’aux plus grands, de part et d’autre. À l’arrière, la caisse est aussi décorée et dotée de deux autres volets, ce qui atteste d’un emploi de l’instrument non adossé contre un mur. Sur le plan musical, le realejo révèle, outre le caractère très affirmé de chacun de ses cinq registres, une sonorité brillante propre aux petits orgues d’église en péninsule ibérique. (PM)

 

Disposition sonore de l’orgue

[Bordão] 8′ (C/E-c)
[Tapadilho] 4′ (C/E-c’’’)
Oitava 2′ (C/E-c’’’)
Cornetilia 2′ 2/3 (cis’-c’’’)
Cheyo II rangs (C/E-c’’’)
Vaza vento

Partager