Correa_de_Araujo Francisco Correa de Arauxo, «Libro de tientos y discursos de musica practica, y theorica de organo, intitulado Facultad organica», Alcalá de Henares, 1626
DavidAmaral_dAM_Orgue003 Orgue Pascoal Caetano Oldovino (Évora, 1764) | photo © David Amaral

18.2.2018, 16h

Le Siècle d’or du clavier IV

L'Espagne | Récital Francisco Correa de Arauxo (1584-1654)

Patrick Missirlian, clavecin et orgue

Programme

Francisco Correa de Arauxo (1584-1654)

Diferencias de vacas 16. [Facultad organica n° 65] por desol, de treinta y dos [5° grado]

Susana [n° 61], de prim. por desol, glosada de treinta y dos [5° grado]

Tiento [n° 35] de medio registro de baxon de prim. por gesolre, de ocho [1er grado]*

Tiento [n° 29] de medio registro de tiple de segundo por desol, de diez y seis [3er grado]*

Discurso [n° 62] de registro entero de prim. por desol. de treinta y dos [5° grado]*

Tiento [n° 53] de medio registro de dos tiples de segundo por desol, de diez y seis [4° grado]*

Tiento [n° 9] de noveno accidental, por el sustenido de fef, de ocho [3er grado]*

Discurso [n° 2] de registro entero de segundo tono. por gesolreut, de diez y seis [4° grado]*

Discurso [n° 59] de medio registro de tiple de segundo por desol de treinta y dos [5° grado]*

Canto llano de la Immaculada Concepción de la Virgen María Señora nuestra [n° 69], y tres glosas: la primera de seys, la 2. de nueve y la tercera de 12. numeros al cõpas en forma de medio registro de tiple*

 

Patrick Missirlian, clavecin Dominique Laperle (Albens, 2000) d’après Carlo Grimaldi (Messine, 1697-1701) et orgue Pascoal Caetano Oldovino (Évora, 1764) (*)

 

Présentation

Le cycle de quatre récitals ouvrant la saison de concerts 2017-2018 mettra en lumière la musique de clavier au tournant des 16e et 17e siècles, à travers quatre compositeurs parmi les plus éminents de l’époque aux Pays-Bas, en Angleterre, en Italie et en Espagne, respectivement Jan Pieterszoon Sweelinck (1562-1621), John Bull (1562/3-1628), Girolamo Frescobaldi (1583-1643) et Francisco Correa de Arauxo (1584-1654). L’exceptionnelle qualité et originalité de leur musique de clavier fait d’eux les figures de proue du Baroque naissant et les hérauts d’un âge d’or de la musique de clavier.

 

Chaque récital est consacré à un compositeur en particulier et sera l’occasion de faire entendre les œuvres d’orgue et de clavecin, parmi les plus spectaculaires de cette époque charnière : la Fantasia crommatica et la Fantasia Ut re mi fa sol la de Jan Pieterszoon Sweelinck, le neuvième In nomine et Walsingham de John Bull, les Cento partite sopra passacagli et la Toccata nona du Secondo Libro di toccate de Girolamo Frescobaldi, ainsi que les derniers Tientos de la Facultad organica de Francisco Correa de Arauxo.

 

La présence tant d’orgues que de clavecins dans notre salle de musique offre ainsi la possibilité de mettre en valeur les caractéristiques propres à chacun de ces deux instruments, pratiqués certes conjointement par les musiciens de l’époque, mais dans des répertoires qui n’étaient pas forcément interchangeables. Au programme du premier concert, la Fantasia crommatica de Sweelinck, par exemple, semble en effet exclusivement destinée au clavecin, car elle nécessite la scordatura du tempérament mésotonique classique pour dièse (au lieu de mi bémol) – une opération ne posant aucun problème au clavecin, mais impossible à réaliser à l’orgue sans rallonger les tuyaux de mi bémol. Aussi chaque portrait musical est-il en deux volets, au clavecin, puis à l’orgue.

 

Francisco Correa de Arauxo est un compositeur, organiste et théoricien espagnol, né à Séville en 1584, dans une famille peut-être originaire du Portugal. Correa de Arauxo est le contemporain presque exact de Girolamo Frescobaldi (1583-1643). L’un et l’autre compositeur ont en commun d’actualiser dans leur musique de clavier la théorie musicale héritée de la Renaissance, en regard de la nouvelle pratique, caractérisée notamment par un traitement plus libre de la dissonance et une remise en question de la problématique du temps musical et de sa notation, en particulier dans le cas des mesures ternaires (proporción mayor ou compás ternario).

 

C’est dans sa ville natale, où ont œuvré de grands polyphonistes comme Francisco Guerrero (1528-1599), que Francisco Correa de Arauxo s’est formé, sans doute auprès de Francisco de Peraza (1564-1598), organiste de la cathédrale. Par sa musique d’orgue, Correa de Arauxo s’inscrit en outre dans l’héritage direct des grands organistes espagnols du 16ème siècle, avant tout Antonio de Cabezón (1510-1566), dont il connaissait les œuvres.

 

En 1599, Francisco Correa de Arauxo est nommé organiste de l’église San Salvador de Séville, une ville qu’il quittera toutefois en 1636, pour un poste d’organiste à la cathédrale de Jaén. Enfin, quatre ans plus tard, il est nommé organiste de la cathédrale de Ségovie, ville où il meurt en 1654. Correa de Arauxo avait également une formation très poussée en théorie musicale, reposant principalement sur les écrits du théoricien et organiste aveugle Francisco de Salinas (1513-1590).

 

Francisco Correa de Arauxo a vécu à une époque de grandes innovations dans le domaine de la facture d’orgue, parmi lesquelles l’introduction des registres coupés entre basse et dessus, permettant une registration différenciée sur un seul et même clavier. Ces demi-registres de basse et de dessus sont à l’origine d’un répertoire nouveau à l’époque, celui précisément des tientos de medio registro de baxon et des tientos de medio registro de tiple, un répertoire idiomatique de l’orgue baroque en péninsule ibérique.

 

Fidèle à cette tradition, issue en l’occurrence de la facture flamande, notre petit orgue ibérique (cf. ill.) dispose lui aussi d’un demi-registre de dessus, à savoir la cornetilia 2’ 2/3, parfaitement adaptée aux différents tientos de medio registro de tiple, au programme de ce concert. Dans les tientos et discursos de registro entero, au contraire, c’est un registre qu’on n’emploie pas.

 

L’ouvrage intitulé Libro de tientos y discursos de música practica y theorica de organo intitulado Facultad organica (cf. ill.) et publié à Alcalá de Henares en 1626 est le seul de Francisco Correa de Arauxo à avoir vu le jour. Avec les Flores de Musica (Lisbonne, 1620) de Manoel Rodrigues Coelho (c.1555-c.1635), il s’agit de la publication de musique d’orgue la plus importante de l’époque en péninsule ibérique. La Facultad organica constitue un corpus de 69 compositions pour orgue, presque toutes des tientos, appelés également, pour les plus élaborés d’entre eux, discursos. Toutes ces compositions s’inscrivent dans une séquence de cinq degrés (grados), par ordre croissant de difficulté, d’où l’indication chiffrée, à la fin des titres de chaque pièce, du nombre maximum de notes (cifras ou numeros) par voix dans une mesure.

 

Mais on trouve également dans la Facultad organica des arrangements pour le clavier de chansons polyphoniques de compositeurs issus de l’école franco-flamande, tels que Orlando di Lasso (c.1532-1594) et Thomas Créquillon (c.1505-1557). C’est le cas précisément de Susana, au programme de ce concert, arrangé pour le clavier par Correa de Arauxo à partir d’une chanson polyphonique de Créquillon, inspirée de Susanne un jour, un poème de Guillaume Guéroult (1507-1569). En Espagne, ce genre de pièce est appelé canción glosada.

 

Quant aux 16 variations (diferencias) qui ouvrent le concert, elles sont basées sur Guárdame las vacas, une mélodie non moins populaire, mais dans le domaine profane cette fois. Les notes de cette mélodie coïncident toutefois, comme le souligne Correa de Arauxo lui-même, qui était également prêtre, avec le Saeculorum du premier ton dans le plain-chant et partagent de fait la même basse (contrabajo).

 

Enfin, la Facultad organica se termine avec des variations (glosas) sur le plain-chant de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie (canto llano de la Immaculada Concepción de la Virgen María). C’est donc tout naturellement avec elles que se referme aussi le programme de ce récital Francisco Correa de Arauxo, quatrième et dernier volet du Siècle d’or du clavier. [PM]

 

Disposition de l’orgue Pascoal Caetano Oldovino (Évora, 1764)

[Bordão] 8′ (C/E-c)
[Tapadilho] 4′ (C/E-c’’’)
Oitava 2′ (C/E-c’’’)
Cornetilia 2′ 2/3 (cis’-c’’’)
Cheyo II rangs (C/E-c’’’)

Vaza vento