Orazio_Gentileschi__Saint_Cecilia_with_an_Angel Orazio Gentileschi, «Sainte Cécile à l’orgue et un ange», c.1618-1621, huile sur toile, 86 x 106 cm, National Gallery of Art, Washington
Frescobaldi Girolamo Frescobaldi, Toccata prima (extrait), Primo libro di Toccate d’intavolatura di cimbalo et organo (Rome, 1615)

10.11.2019, 16h

Récital Girolamo Frescobaldi (1583-1643), premier volet

Primo libro di Toccate d'intavolatura di cimbalo et organo (Rome, 1615)

Patrick Missirlian, clavecin et orgue

Programme

Toccata Prima
Toccata Seconda
Toccata Terza
Toccata Quarta
Toccata Quinta
Toccata Sesta
Toccata Settima
Toccata Ottava
Toccata Nona
Toccata Decima
Toccata Undecima
Toccata Duodecima*

Clavecin Dominique Laperle (Albens, 2000) d’après Carlo Grimaldi (Messine, 1697-1701) et orgue Pascoal Caetano Oldovino (Évora, 1764)(*)

 

Présentation

Un premier récital consacré à Girolamo Frescobaldi (1583-1643) a eu lieu dans la salle de musique de l’espace dAM en janvier 2018, dans le cadre d’un cycle intitulé «Le Siècle d’or du clavier». Ce concert était l’occasion de faire en quelque sorte le portrait de cet éminent compositeur, en puisant, pour le choix des œuvres, dans l’ensemble de ses publications pour clavier.

 

De fait, le programme mettait en évidence la grande diversité de formes et de genres pratiqués par Frescobaldi. Toccate, partite, passacagli et autres pièces écrites dans le style moderne du baroque naissant côtoyaient ainsi capricci, fantasie et ricercari, composés dans un stile osservato, hérité certes de la Renaissance, mais avec une esthétique résolument baroque. Il permettait, soit dit en passant, de rappeler que Frescobaldi, comme d’autres compositeurs de sa génération, a cultivé toute sa vie durant l’un et l’autre style, avec une égale maîtrise.

 

Suite à ce concert, m’est venu l’envie d’aller plus loin encore dans la présentation de l’œuvre pour clavier de Frescobaldi, dont une grande partie demeure trop peu jouée de nos jours. La postérité semble en effet privilégier les deux livres de toccate de 1615 et 1627, ainsi que les Fiori musicali de 1635 – ces dernières étant notamment auréolées du prestige d’avoir été intégralement recopiées en 1714 par Johann Sebastian Bach.

 

Ce choix de préférence s’est fait ipso facto au détriment du reste de l’œuvre de Frescobaldi, en premier lieu les fantasie de 1608 et les ricercari et canzoni de 1615, mais aussi, dans une moindre mesure, les capricci de 1624 et les canzoni de 1645, des œuvres qui constituent pourtant le cœur de la pensée musicale du compositeur, même si elles sont a priori peut-être moins «spectaculaires» que les toccate.

 

Une dichotomie s’est opérée en tout cas de nos jours dans la réception de Frescobaldi, entre ses œuvres publiées à l’origine en tablature de clavier (intavolatura), à savoir les deux livres de toccate, et celles publiées à l’origine en partition (partitura), c’est-à-dire tout le reste de ce riche corpus.

 

Cette dichotomie trahit une certaine indifférence du monde actuel à l’égard de l’art du contrepoint, qui se traduit par un appauvrissement de la culture musicale et auditive. Elle perdurera tant que les musiciens ne se remettront pas à l’étude de la musique polyphonique in partitura.

 

La fréquentation de ces œuvres, dans la vision claire que seule offre la partition, révèle de surcroît l’empreinte polyphonique – et même contrapuntique – encore forte des pièces en tablature (cf. toccata quinta et toccata nona), au-delà des figurations et traits (passi) idiomatiques du clavier, censés représenter, en l’absence d’un support textuel, toutes sortes d’affects (affetti).

 

Le meilleur moyen, il me semble, de réparer le préjudice en question, c’est encore de faire entendre séparément et intégralement chacune des publications pour clavier de Frescobaldi. Une part égale sera ainsi réservée à chaque œuvre individuellement, permettant aux auditeurs de faire l’expérience in vivo de l’inépuisable ingéniosité (artificium) du compositeur et de la prodigieuse diversité de sa musique, à l’intérieur d’un seul et même opus chaque fois.

 

Pour ce faire, je commencerai avec le premier livre des toccate, publié à Rome en 1615, mais tel qu’il apparaît dans l’édition définitive de 1637, avec le supplément (Aggiunta) de vingt-six pages, contenant notamment les Cento partite sopra passacagli. Le premier livre des toccate sera donné en deux récitals, le premier avec les douze toccate proprement dites et le second avec les quatre ensembles de variations (partite), les danses et suites de danses, ainsi que les trois capricci qui complètent et ponctuent le florilège.

 

Enfin, la publication, la même année 1615, de deux recueils pour clavier, l’un en tablature et l’autre en partition, respectivement le premier livre des toccate et le [premier] livre des ricercari et canzoni – qui fera l’objet d’un troisième récital –, est un fait suffisamment rare dans l’histoire de la musique, pour convaincre de la pertinence du choix d’un auteur pour telle ou telle notation et encourager, le cas échéant, la lecture en partition, certes moins facile à pratiquer que la tablature. Ceci est d’ailleurs encore valable pour l’édition posthume de l’Art de la fugue de Johann Sebastian Bach, publiée en 1751, non sans raison elle aussi, in partitura. [PM]

 

Disposition de l’orgue Pascoal Caetano Oldovino (Évora, 1764)

[Bordão] 8′ (C/E-c)
[Tapadilho] 4′ (C/E-c’’’)
Oitava 2′ (C/E-c’’’)
Cornetilia 2′ 2/3 (cis’-c’’’)
Cheyo II rangs (C/E-c’’’)

Vaza vento